CAM de Tony S |
Description de l'expérience :
J'étais présent lorsque mon père est décédé subitement et de façon inattendue en 1988. Ma famille (ma femme et nos deux jeunes enfants) et moi-même étions partis en voiture pour le Devon le 23 décembre afin de passer Noël chez mes parents.
Nous sommes arrivés vers 19h et avons passé la soirée à dîner et à discuter. À 23h20, mes parents sont allés se coucher. À 23h35, ma mère est entrée dans le salon en chemise de nuit et a dit : « Venez voir votre père, il y a quelque chose qui ne va pas – il vient de s'effondrer sur l'oreiller ».
Il était immédiatement évident qu'il ne respirait plus et nous n'avons trouvé aucun pouls. Ma femme et moi connaissons les gestes de premiers secours ; elle avait suivi une formation. J'ai commencé un massage cardiaque et une réanimation bouche-à-bouche, tandis que ma femme appelait les urgences pour demander une ambulance.
Imaginez la situation : ma mère était en proie à une immense détresse émotionnelle et à une peur panique. Sourde, elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait, en partie à cause du choc. Nous étions, bien sûr, dans un état similaire, mais nous essayions de garder notre calme pour tenter de le réanimer et de gérer la situation en attendant l'arrivée de l'ambulance. J'étais donc dans un état étrange, partagé entre une émotion extrême et un calme apparent.
Pourtant, j'avais la certitude que mon père ne reviendrait pas, et je faisais les gestes machinalement. En face du lit se trouvait une grande armoire encastrée, et j'avais la sensation que mon père, détaché de son corps, se trouvait à environ un mètre au-dessus d'elle, légèrement en retrait. Autrement dit, au-dessus du plafond. De surcroit, je sentais qu'il était heureux d'avoir choisi ce moment pour partir, car nous étions là pour soutenir ma mère. Il n'avait aucune intention de revenir et semblait en paix.
Malgré tout, ma femme et moi avons continué les gestes de réanimation jusqu'à l'arrivée des ambulanciers, qui ont pris le relais. Ils nous ont dit que nous avions fait tout notre possible, mais qu'ils n'avaient pas réussi à le réanimer. L'autopsie a révélé qu'il avait succombé à une crise cardiaque (à l'âge de 73 ans). Son système circulatoire était apparemment en relativement bon état et il avait eu la malchance qu'un petit fragment de cholestérol d'un centimètre se détache et obstrue une artère coronaire.
Les jours suivants ont été chaotiques, et ce n'est que trois jours plus tard que j'ai dit à ma femme : « Tu sais, j'avais cette étrange impression que papa était au-dessus de l'armoire et qu'il ne reviendrait pas, qu'il était même heureux de partir ». À ma grande surprise, elle m'a dit qu'elle avait eu exactement la même perception, situant son « esprit » au même endroit. Nous avions tous les deux pratiqué la réanimation pendant 20 minutes, persuadés qu'il n'avait aucune intention de revenir à la vie.
Post-scriptum :
Il y a une suite à cette histoire. Ma grand-mère paternelle avait vécu avec mes parents pendant toute mon enfance, son mari ayant été tué pendant la Première Guerre mondiale. (Autre anecdote : la nuit où son mari avait été tué à Passchendaele en 1917, il lui était apparu au pied de son lit à High Bickington, et elle avait su alors qu'il était mort, bien que le télégramme annonçant sa disparition ne soit arrivé que plusieurs semaines plus tard). Son fils, mon père, avait 2 ans à l'époque.
Après que mes parents aient pris leur retraite et se soient installés dans le Devon, elle les avait accompagnés et avait vécu dans une partie du rez-de-chaussée de leur maison. Elle avait fait un AVC en 1982 et avait dû emménager dans une maison de retraite où elle pouvait recevoir les soins nécessaires. Elle détestait cet endroit et rêvait de retourner dans sa chambre chez mes parents. Elle est décédée en 1984. Sa chambre est alors devenue une chambre d'amis, utilisée par nos enfants lors de nos séjours. Ma femme ne s'est jamais sentie à l'aise dans cette partie de la maison et disait ressentir une présence qui lui était hostile. Cette sensation était particulièrement forte dans la salle de bain du rez-de-chaussée que nous utilisions, là où ma grand-mère avait fait son AVC et s'était cognée la tête en tombant. Il m'arrivait aussi de ressentir une « présence », mais je pensais que c'était mon imagination.
Après le décès de mon père, ma femme a dit que cette sensation de « présence » avait immédiatement disparu et n'était jamais revenue. Comme si ma grand-mère était restée là, attendant d'être réunie avec son fils. Et mon imagination, si je l’avais laissée courir, n'a plus jamais perçu sa présence non plus.